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exposition Maya Beaudry




Maya Beaudry : Mold Gardens (on the Ornamental Membrane)
 
Pour son exposition personnelle chez LECLERE, l’artiste canadienne Maya Beaudry réinvestit l’intérieur de PARADISE – un cube serti de miroirs qui accueille les expositions des commissaires Emmanuelle Luciani & Charlotte Cosson depuis 2014. Le choix de cet espace n’est pas anodin pour elle qui s’intéresse à l’architecture, aux cabanes et à ce qui accueille en général la vie humaine.
 
Maya Beaudry produit principalement des environnements. Loin de la folie du white cube, elle tapisse les espaces de matières molletonnées aux couleurs principalement pastel. Au sein de ses vidéos les tissus deviennent presque vivants, animés par son corps qui s’y immisce souvent. L’Homme – qu’il soit implicitement figuré ou explicitement présent – est au cœur des installations de Maya Beaudry. Pour PARADISE, elle lui confectionne un véritable cocon dans lequel il peut s’allonger, se lover, rêver, penser…
 
Serait-ce une invitation à la détente que propose l’artiste ? La réponse est plus complexe qu’il n’y paraît. La nouvelle production de Maya Beaudry isole de l’extérieur les regardeurs qui l’habitent, à l’image de la cabane qu’elle a construite dans les bois qui semble être un lieu de retraite ou de suspension du temps alors détaché du flot du quotidien. Reflétant ses interrogations sur la possibilité de vivre en autonomie, elle développe l’idée d’une prise de recul nécessaire à l’heure du survivalisme et des peurs ancestrales d’envahissement ou d’apocalypse.  
 
A la manière de la fonction oblique théorisée par Claude Parent et Paul Virilio, gageons qu’un changement radical de mode de vie et d’habitat métamorphoserait les manières de penser. Quid de mœurs qui feraient vivre dans de douillets coussins, entourés de couleurs dignes de dessins animés ? Peut-être modifieraient-elles véritablement les cœurs vers plus d’empathie et d’entraide ? Les théories soutenant que les grands ensembles ont favorisé la montée des haines, des différends et des décalages sociaux ne feraient qu’appuyer cette idée.
 
Le rapport aux arts mineurs s’origine aux Etats-Unis dans l’Histoire de la libération des femmes et du mouvement Patterns & Decoration ayant perduré au travers des soft sculptures de Mike Kelley. L’alternatif, le kitsch et le petit déconditionnent la masse d’un conditionnement unique. Comment comprendre alors le recours de l’artiste à l’intime et à l’art décoratif si les questions qu’elle traite sont d’ordre si général ? Elle qui rythme son travail d’une figure de joggeuse rappelant l’histoire tragique de sa mère et qui ponctue ses œuvres de tapis, canapés, édredons : quels sont ses points d’accroche avec l’Humanité dans son entièreté ?
 
Maya Beaudry a compris une chose précieuse : la nécessité du plus petit afin de toucher le plus grand. Elle plonge dans l’art décoratif, sans jugement de valeur lié à la tyrannie des beaux-arts : elle loue un art au service de l’humain, à son échelle. Son travail rappelle ainsi que micro et macro sont toujours liés, à l’image des logiques similaires présupposant et les trous noirs cosmiques et les atomes qui composent la matière. La nature, l’Histoire, les Hommes sont finalement économes : ils sont animés d’un nombre de logiques limitées, qui se répètent sans cesse et forment un socle commun trop souvent oublié.
 
 
Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani

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